Newsletter 7 – aožt 2011

 

En Grce antique, on distinguait quatre formes dĠamour. L'une dĠentre elles agap dŽsignait l'amour du prochain, une relation qui se caractŽrise par sa spontanŽitŽ, une rŽelle empathie pour les autres qu'ils soient inconnus ou intimes. Cette qualitŽ dĠamour ˆ la rŽminiscence divine est en fin de compte le baume que nous recherchons tous sans forcŽment en avoir conscience, parce que nous pressentons naturellement quĠil est le seul remde ˆ nos blessures profondes, lĠunique chemin qui mne ˆ la restauration de lĠunification de soi.

Ainsi,  soignant – soignŽ, enseignant - Žtudiant, ma”tre – disciple, cheminent ensemble vers leur renaissance en sĠŽveillant mutuellement ˆ lĠamour vrai.

  JĠessaie de me souvenir des toutes premires motivations qui mĠont poussŽes ˆ mĠinscrire ˆ un cours de dŽveloppement personnel. CĠŽtait une sorte de poussŽe mystŽrieuse du dedans, rien de raisonnŽ. Je pressentais quĠil me manquait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Toutefois, il nĠy avait aucun doute que cette chose qui me manquait rendait ma communication avec les autres assez difficile, souvent mme douloureuse. Et comme je me prŽparais ˆ devenir enseignante, il mĠa paru urgent dĠentreprendre quelque chose.

JĠai donc travaillŽ sur moi, approfondi de nombreuses mŽthodes et dŽveloppŽ mes connaissances pour tenter dĠatteindre enfin lĠŽtat de perfection. Au bout du compte et sans lĠavoir compris sur le moment, toutes ces mŽthodes et tous mes efforts pour les transmettre nĠont ŽtŽ quĠautant dĠexercices pratiques au service de la rŽalisation dĠune qualitŽ dĠamour essentielle, vraie, une rŽminiscence du divin. Ce ne sont pas les mŽthodes, ni mme les connaissances qui ont comblŽ le manque originel. CĠest lĠexercice dĠamour qui mĠa rendue amoureuse de lĠamour.

LĠamour est la nourriture de lĠ‰me. Mais la plupart dĠentre nous ont ŽtŽ sevrŽs ds la naissance. Chaque enfant vient au monde, dŽbordant dĠamour, son corps de lumire est parfait. Mais pour diffŽrentes raisons, les parents sont incapables de donner ˆ leur enfant le soutien dont il a besoin pour prŽserver son essence.

  Ils ont eux-mmes ŽtŽ blessŽs dans leur essence dĠamour ds leur naissance et ont dž apprendre ˆ se protŽger, si bien quĠils sont dorŽnavant incapables dĠoffrir lĠamour vrai. Ils en donnent des versions compensatoires ou se contentent dĠen parler. Ils sont par exemple capables de dire quĠils aiment leur enfant sans se rendre compte quĠils le traitent avec brutalitŽ et irrespect. A cela sĠajoute lĠorientation trŽpidante de la sociŽtŽ qui veut que les parents concentrent leurs efforts vers les besoins matŽriels de lĠenfant : soins, santŽ, nourriture, Žducation. Les mouvements subtils de lĠ‰me sont ignorŽs et au lieu de pouvoir se fonder sur cette essence divine, notre personnalitŽ doit se construire ˆ partir dĠelle-mme sur du vide et sur une absence de modles structurants positifs.

  La thŽrapeutique dont nous avons besoin est lĠamour. CĠest toujours lĠamour qui guŽrit, parce que lĠamour rend un, lĠamour nous fait sentir que nous sommes les bienvenus dans le monde, par lĠamour nous faisons partie de lĠexistence. En offrant ˆ son patient une qualitŽ dĠaccueil inconditionnel au-delˆ de tout jugement et de toute attente, le thŽrapeute lui permet de renouer avec tous les aspects de son tre, y compris les blessures et les structures compensatoires qui lui ont permis de se protŽger.

  Un thŽrapeute doit en quelque sorte tre cette mre et ce pre capables dĠŽveiller et de nourrir lĠ‰me, de crŽer un environnement suffisamment sŽcurisŽ afin que les structures de dŽfense se rŽajustent pour laisser place ˆ lĠŽmanation de la source intŽrieure. Ainsi le patient peut rena”tre, il peut rŽŽcrire sa vie en cÏur et en conscience.

  La pratique et lĠenseignement du Reiki ont ŽtŽ pour moi la voie royale. Cette mŽthode sĠadresse ˆ la fois au corps, ˆ la structuration des schŽmas de comportement, aux corps subtils et ˆ la dimension mystŽrieuse de la vie. Reiki signifie source universelle de vie et la mŽthode consiste ˆ invoquer cette source. En fait, cĠest comme si lĠunivers tout entier Žtait devenu pre et mre ˆ la fois, une inspiration dĠamour et dĠessence lumineuse. Invoquer cette dimension Žquivaut ˆ une prire et cĠest la forme dĠamour la plus ŽlevŽe. Si lĠamour est une fleur, la prire est son parfum. LĠamour est visible, la prire est invisible. LorsquĠon a gožtŽ ˆ cette dimension de lĠamour – agap ou lĠamour christique ou encore la compassion du Bouddha - la thŽrapie dŽnuŽe de lĠessence demeure une mŽcanique aux effets limitŽs.

  Ds le dŽpart, jĠai visŽ cette qualitŽ dans ma pratique thŽrapeutique et dans mon enseignement, puisque jĠavais eu lĠoccasion dĠy gožter lors de sŽjours en Inde. Et pendant toutes ces annŽes, sĠil mĠa souvent ŽtŽ donnŽ de rŽussir, jĠai aussi ŽchouŽ encore et encore. Parfois parce que mon interlocuteur nĠŽtait pas prt ou ne souhaitait pas cela pour lui-mme, mais le plus souvent en raison de mes propres limitations. La souffrance qui accompagne chaque Žchec, chaque occasion dĠamour manquŽe, constitue le carburant alchimique nŽcessaire ˆ la libŽration de lĠessence. Nos interlocuteurs, patients, Žtudiants, collgues sont pour nous un miroir dĠŽveil qui ne ment jamais.

  LorsquĠils sont animŽs par leurs dŽfenses et leurs comportements compensatoires, les tres humains sĠexploitent les uns les autres. Pourtant, ils ont lĠimpression de donner par amour. Ils ne se rendent pas compte que ce quĠils offrent est un hameon destinŽ ˆ pcher quelque chose en retour. Le thŽrapeute veut par exemple obtenir la guŽrison de son patient, son admiration ou son argent. Les Žpoux sĠattendent ˆ recevoir estime et sŽcuritŽ. Dans le monde du travail, de lĠŽconomie et de la politique, lĠamour est tout simplement considŽrŽ comme une folie. Nos sociŽtŽs la•ques taxent la prire dĠhŽrŽsie.

  Cependant, lorsquĠils baignent dans leur essence, la luciditŽ et la plŽnitude que ressentent les tres humains fait na”tre en eux une empathie qui Žloigne le besoin dĠexploiter lĠautre. LĠautre nĠest plus considŽrŽ comme un moyen, il est respectŽ pour lui-mme ou pour elle-mme et on lui veut naturellement du bien.

  Je me veux du bien et comme je me reconnais en toi, je te veux du bien. Il nĠy a plus de sŽparation. LibŽrŽe de ses entraves, lĠessence individuelle peut littŽralement se trans-former, cĠest-ˆ-dire donner forme et se renouveler sans cesse en harmonie avec le Tout.

Article paru dans Recto-Verseau, numŽro hors-sŽrie de juillet 2011.