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Le pouvoir libérateur de
la reconnaissance
Quelques
réflexions au sujet des constellations familiales
par Rolf Gaensslen (article paru dans Recto-Verseau)
En animant des ateliers de
constellations familiales, j’ai souvent constaté à quel point la reconnexion et
la réconciliation avec leurs racines familiales peuvent libérer et intensifier
le potentiel de créativité et d’autonomie des personnes qui y participent.
Les intrications et les blessures
que le passé familial a laissées dans leur subconscient pèsent souvent comme
une hypothèque sur la vie de beaucoup de personnes, sans qu’elles s’en rendent
forcément compte de manière très claire.
Afin de devenir un individu
indépendant et entièrement responsable de sa propre vie, chacun est appelé tôt
ou tard à démêler ses attaches avec sa famille d’origine et de s’en émanciper.
Dans l’adolescence, ce besoin d’émancipation prend généralement la forme d’une
contestation plus ou moins explicite des valeurs de la génération précédente.
Le cordon coupé. Vraiment ?
Après avoir “coupé le cordon ombilical”
et quitté le “nid familial”, la personne est devenue “adulte” et commence à
vivre “sa propre vie” dans la conviction d’être libre de ses anciennes attaches
et de posséder la maîtrise de son destin. Malheureusement, cette belle
assurance se fissure, dès que nous constatons que nous reproduisons, sans
l’avoir voulu, dans notre vie d’adulte exactement les mêmes schémas de
comportement limitatifs que nous avons connus dans notre famille
d’origine : la même dépendance émotionnelle, les mêmes problèmes avec
l’autorité, la même jalousie, les mêmes non-dits.
Personne n’est une île
Pourquoi ? C’est qu’en réalité
aucun de nous est un îlot isolé et que malgré tous les efforts qu’entreprend
notre ego pour affirmer sa différence et son unicité, il n’est tout simplement
pas possible de couper les liens énergétiques qui relient notre âme à celle des
autres et à notre âme familiale, qu’il s’agisse de la petite famille de nos
proches parents ou de la grande famille de l’humanité et de la vie. Comme la
vie, l’âme est un grand Tout, dans lequel tout est lié avec tout et tout a sa
place et sa signification.
Participer dans une constellation
familiale est une grande leçon d’humilité qui nous apprend a prendre conscience
de ces liens, de leur signification dans notre vie et du grand potentiel
d’évolution qu’ils nous offrent quand ils ne sont pas pris comme des
limitations, mais reconnus pour ce qu’ils sont vraiment : le tissu
fondamental de notre vie, de ce cadeau infiniment précieux que nos parents nous
ont donnés en nous mettant au monde.
La polyphonie de la vie
Nous faisons tous partie d’un grand
orchestre, et personne ne peut jouer la symphonie de la vie tout seul, mais
chaque mélodie individuelle ne devient belle et significative qu’au moment où
elle s’inscrit dans la polyphonie du tout. Par contre, le résultat ne sera
harmonieux qu’à condition que le musicien connaisse sa juste place dans
l’ensemble et qu’il reconnaisse celle des autres.
La plupart des dissonances dans nos
vies proviennent du non-respect de ce principe, par exemple quand nous
revendiquons une place qui n’est pas la nôtre, quand nous refusons à quelqu’un
sa place légitime ou encore quand nous voulons à tout prix jouer une mélodie
qui n’est pas la nôtre ou ne pas écouter celle des autres.
Reconnaître c’est renaître
Quand cette double reconnaissance
de la juste place de soi et de l’autre se produit – par représentants
interposés – dans une constellation familiale, il en résulte souvent une
véritable renaissance, qui est ressentie de manière positive par tous les
membres de la famille concernée. Le simple fait que sa place est reconnue, rend
à une personne sa dignité et dissout la charge émotionnelle à la base d’un
conflit familial, dont les blessures peuvent maintenant se guérir.
Il faut bien comprendre qu’il ne
s’agit pas de “pardonner” une quelconque “faute” ou “déficience”. Dans ce genre
de pardon il y a presque toujours l’arrière-goût d’un sentiment de supériorité
condescendante qui empêche la véritable réconciliation des cœurs. Ce qui dissout
les tensions au niveau de l’âme familiale, c’est simplement la reconnaissance
de la vérité, par exemple quand une fille dit à sa mère : “Tu es ma mère,
je suis ta fille. Tu m’as donné la vie.” C’est une évidence incontestable, peu
importent le caractère de cette mère et ce qu’elle a fait ou n’a pas fait.
Quand cette reconnaissance est donné sans aucun jugement, en venant du cœur,
elle est aussi reçue dans le cœur. La relation entre les personnes concernées
renaît sur une nouvelle base et contribue à recréer l’équilibre de la famille
tout entière. Tout le monde est en paix et plein de reconnaissance.
Il n’y a pas de mauvaises
personnes
Les constellations familiales nous
apprennent qu’il n’y a pas de bonnes et de mauvaises personnes, mais seulement
des personnes qui sont empêtrées, souvent sans en être responsable, dans les
intrications émotionnelles et psychologiques de leur histoire familiale et qui
font du mieux qu’elles peuvent pour s’en sortir. Elles sont toutes nées avec un
cœur plein d’amour, d’innocence, de courage et d’espoir et elles ont toutes le
besoin et le droit que leur dignité et leur place dans l’existence soient
reconnues.
Une compassion lucide
J’ai vraiment compris cela dans une
supervision avec Bert Hellinger, où je lui ai parlé de mes difficultés avec la
constellation d’une jeune femme, qui a été abusée dans son enfance par un
membre de sa famille. Je n’oublierais jamais la réponse de Bert : “Cet
amour aussi est divin”. C’est une affirmation d’une lucidité et d’une humanité
profonde qui place la compassion avant tout autre considération, pourtant elle a choqué plus d’une personne
dans l’assistance. Mais il y a souvent un malentendu dans ces réactions de
rejet par ceux qui pensent, avec raison, que l’abus d’un enfant est un crime
abominable et impardonnable. Bien entendu, il ne s’agit pas d’excuser le crime
et de disculper son auteur, qui doit en répondre et en porter toutes les
conséquences. Mais s’il doit avoir une chance d’accepter et de reconnaître sa
culpabilité et si les blessures qu’il a infligées à sa victime, à sa famille et
à sa propre âme doivent avoir une chance de guérir, il est essentiel qu’on ne
lui enlève pas sa dignité humaine et que sa place dans la famille soit
reconnue, quoi qu’il ait fait.
C’est cette compassion lucide qui
respecte chaque être humain dans sa fragilité et reconnaît sa valeur malgré
tous ses défauts qui donne aux constellations familiales leur grand potentiel
libérateur et guérisseur de l’âme.
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