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Le Bouddha de la guérison dans l'émanation rayonnante
du Lapis-lazuli

Cet aspect de l'enseignement bouddhiste est extrêmement intéressant pour deux raisons. D'une part, parce que la façon dont le Bouddha Sakyamuni parle de la maladie, de ses causes et du cheminement qui mène à la guérison correspond à l'esprit du Reiki et d'autre part, parce que l'énergie de la guérison ultime dans la vision bouddhiste est mise en rapport avec les qualités spécifiques du Lapis-lazuli. Les deux aspects qui se dégagent des différents sutras et thangka qui traitent de ce thème sont les qualités du joyau, c'est-à-dire son rayonnement lumineux et sa pureté, ainsi que sa couleur bleu-roi.

Le Bouddha Sakyamuni encourage surtout les êtres à prendre conscience de leurs actions passées et à s'efforcer de transformer leurs structures de comportement négatives. Le processus de guérison est compris comme métaphore de la croissance spirituelle. Dans cette perspective, le Bouddha est considéré comme le guérisseur suprême et le Dharma, l'enseignement bouddhiste, comme la reine des médecines. Mais le Bouddha fait aussi appel tout prosaïquement à des médicaments, des préparations à base de plantes et à une dimension " magique ", c'est-à-dire à des qualités de l'énergie invisible qui lui deviennent accessibles lorsqu'il est en samadhi et qui, pour le commun des mortels, peuvent être accessibles par l'intermédiaire de yantras, de supports de méditation et de visualisations. Ce qui est invisible et qu'on ne peut pas se représenter directement doit être densifié par le truchement de rituels et mis dans une forme qui soit compréhensible pour l'esprit humain.
Ainsi, dans le Sutra du Bhaishajya-guru, le Maître de la Guérison est connu sous le nom de Bouddha dans l'émanation rayonnante du Lapis-Lazuli en sanskrit Bhaishajya-guru-vaidurya-prabha tathagata. Il s'agit d'un sutra qui a été rédigé en chinois sur la base d'un texte sanskrit.
C'est un culte qui est probablement né plutôt en Asie centrale ou dans le nord-ouest de l'Inde, dans la région de Gandhara où se trouvait l'unique mine de Lapis-lazuli de l'époque. Les textes disent que du corps du Bouddha de la guérison émane un rayon de la couleur bleu-roi du Lapis-lazuli. Il est dit aussi des Bodhisattvas de la guérison que leur corps rayonne d'une luminosité intense. Le bouddha de la guérison est flanqué des divinités du soleil (Surya-Prabha à gauche) et de la lune (Candra-Prabha à droite). L'ensemble est le symbole de l'harmonie cosmique.
Le ciel du Bouddha de la guérison se situe à l'est et porte le nom de pays du pur Lapis-lazuli. La question que se sont posé les traducteurs est de savoir s'il s'agit vraiment de Lapis-lazuli ou plutôt de cristal de roche ou de béryl, étant donné que les textes insistent constamment sur les qualités de pureté et de rayonnement de la pierre. Mais plusieurs pistes concordent et mènent à Liu-Li qui signifie bel et bien Lapis-Lazuli. D'ailleurs, la peau du Bouddha de la guérison est généralement représentée dans le bleu profond du Lapis-lazuli. Il s'agit d'une substance divine, créée par les Devas, par la nature et non d'une pierre créée par l'homme.

Dans le Sutra du Bhaishajya-guru, le Bouddha Sakyamuni s'adresse à Manjusri.

" Si tu te diriges d'ici vers l'est et que tu traverses de nombreuses terres de Bouddhas,
tu parviendras en un ciel nommé Pur Lapis-lazuli.
Là réside un Bouddha, un Tathagata, un Arhat pleinement illuminé,
parfaitement accompli dans son esprit et dans son comportement,
quelqu'un qui est totalement parti, qui connaît le monde,
un être extraordinaire et compatissant, un enseignant pour les devas et les hommes,
un Bouddha et Seigneur qui porte le nom du
"Maître de la guérison dans l'émanation du Lapis-Lazuli ".

Nous avons ici deux magnifiques représentations tibétaines du Bhaishajya-guru. La statue date du18e siècle et montre un Bouddha totalement doré qui tient dans sa main gauche le bol du mendiant et dans sa main droite un myrobolam, la plante médicinale par excellence. Il ne tient pas le Chintâmani dans la main, mais le porte au front, à la hauteur du troisième il et on reconnaît parfaitement bien la couleur du Lapis-Lazuli.

Le thangka présente un Bouddha à la peau entièrement bleue. Il tient également le myrobolam et le bol du mendiant, mais ici il n'est pas vide, il contient une fleur. Ici, le Chintâmani vient couronner sa tête et il est doré. Dans les deux cas, nous avons les caractéristiques principales du Lapis-Lazuli : le bleu et l'or.

Par son apparence, le Lapis est plutôt une pierre qu'un cristal. Opaque, il est constitué de lazurite avec des traces de calcite blanche et des incrustations de pyrite. Les plus belles pièces ont une couleur bleu-violet et les incrustations de pyrite font penser à une myriade d'étoiles dans le ciel.
La mine principale a été et est encore aujourd'hui celle de Badakhshan au nord de l'Hindukush, dans l'extrême nord de l'Afghanistan. D'autres mines se trouvent en Sibérie au Chili, un tout petit peu au Colorado et en Birmanie. Déjà 4000 ans avant JC des expéditions étaient régulièrement organisées dans ces montagnes à Lapis.
Dans ces temps-là, on pensait que les pierres précieuses possédaient ou reflétaient des énergies puissantes qui avaient un effet guérisseur sur la personne qui les portait ou qu'elles lui donnaient de la force ou la sensibilisaient à certains courants d'énergie intérieurs.
Le fait qu'on ait recherché le Lapis malgré les incroyables difficultés d'accès et le nombre de fois qu'il est cité dans les écritures bouddhistes montre à quel point la croyance dans ses pouvoirs était persistante.
Le Lapis était l'une des pierres favorites des anciens bouddhistes. La première étant le diamant. Le Lapis symbolisait généralement ce qui est pur et rare.
Dans le premier chapitre du Sutra du Lotus, l'apparition dorée des Bouddhas est comparée à l'apparition majestueuse et merveilleuse d'images dorées dans du pur Lapis-Lazuli. Plus loin, les enseignements du Bouddha sont comparés à la pureté d'un miroir de Lapis-Lazuli qui rend toutes les apparitions sans aucune déformation.
Le Lapis est mentionné un très grand nombre de fois dans le Sutra du Bhaishajya-guru, ainsi que dans les méditations proposées en relation avec les bodhisattvas de la guérison. Le lapis est associé à la pureté et à la qualité immaculée comme un miroir de l'espace intérieur. Le nectar de l'illumination est représenté dans une coupe taillée dans du Lapis.
Lorsqu'on contemple la compagnie du Bhaishajya-guru, l'il perçoit un champ bleu de Lapis parsemé d'étoiles comme un ciel nocturne. À la gauche et à la droite du Bouddha se trouvent les Bodhisattvas les plus importants qui portent les noms de " Rayon tout puissant du soleil " et " Rayon tout puissant de la lune ". Les douze généraux sont en relation avec les douze maisons astrologiques et l'ensemble parle donc d'une harmonie parfaite dans le temps et l'espace. Là réside le lien avec la guérison, car un être en bonne santé se sent en harmonie, en alignement avec toutes choses et celui qui est totalement sain, celui qui est éveillé a trouvé accès à l'harmonie profonde que quelques traditions nomment " conscience cosmique ".
La main droite du Bouddha montre le Dhyana-Mudra, le geste de la méditation profonde et de l'autre il tient une coupe remplie de fruits. Par la méditation, on obtient le divin nectar guérisseur, les élixirs de longue vie.

Les enseignements ésotériques bouddhistes sont si profonds qu'ils échappent à la transmission écrite. C'est pourquoi, on utilise les peintures, les mudras, les positions du corps et autres représentations métaphoriques. Textes et images constituent des modèles, des images guides sur le chemin de l'illumination. Les textes parlent à la raison, les peintures mettent en mouvement l'intuition et la méditation permet à l'individu de se libérer de tout ce qui l'empêche de réaliser en lui-même ces états d'être et de conscience.

La guérison, telle que la propose le Bhaishajya-guru, est une guérison qui va de l'intérieur vers l'extérieur. Bien des maladies qui se manifestent sur le plan physique ont leurs racines dans le mental, dans les souffrances de l'esprit, les klesas qui constituent les fondements des chemins tortueux que l'esprit trouble poursuit. L'atmosphère qui émane d'une peinture peut sensibiliser la conscience et l'ouvrir à des courants qui lui étaient inconnus jusqu'alors.
Les forces spirituelles qui conduisent et protègent le pratiquant bouddhiste et qui le guérissent sont invisibles et de nature purement spirituelle. Dans leur essence, ils ne sont pas forme, mais principe. On a néanmoins essayé de les rendre visibles en se basant sur les textes. Cette essence invisible et insaisissable est cristallisée dans une forme que l'esprit humain peut cerner.
Le principe divin peut ainsi se manifester dans une forme, une image spirituelle que l'on peut garder en mémoire et honorer. Inversement, si le pratiquant visualise une divinité dans la forme qui lui a été donnée, il peut avoir un accès profond à elle.

Pour obtenir la guérison, il ne suffit pas d'avoir une reproduction de l'image (que ce soit une représentation physique ou spirituelle). L'image doit être éveillée par la force du Bouddha et devenir une avec la personne qui la contemple. Ce n'est que lorsque son propre corps devient le corps du Tathagata et que l'esprit individuel se fond dans l'esprit divin qu'une guérison profonde peut intervenir.

Ainsi, le travail avec un Chintâmani en Lapis-lazuli peut constituer l'une des pierres d'angle dans le processus de la guérison physique et spirituelle mentionnée ci-dessus. La méditation avec le Chintâmani en Lapis-lazuli plonge le corps dans l'harmonie d'une profonde détente et le psychisme dans une paix sans limites et nous devenons capables d'embrasser toutes choses dans la clarté d'une compassion infinie, au-delà de tout jugement et de toute émotion, tel l'univers bleu nuit qui porte en son sein des myriades d'étoiles.